La saga Bensimon
Par Arnaud, mercredi 20 juin 2007 à 10:54 :: Jazz :: #274 :: rss
Chaque année, en automne, tout ce qui compte dans le milieu de la chaussure se réunit dans un endroit chic et parisien pour décerner son Escarpin de cristal. L'appellation a un petit côté Cendrillon, et l'on imagine volontiers le soulier de l'année à l'image d'une pantoufle de vair, délicate et sophistiquée. Pourtant, créateurs, fabricants, distributeurs et publicitaires ont décerné ce titre à une simple tennis. Un banal chausson de toile et de caoutchouc, oui, mais... Elue par Brigitte Bardot, Cameron Diaz, Naomi Watts, Jane Birkin ou Sophie Marceau, présente dans tous les magazines de mode et vendue à des millions d'exemplaires.
Bensimon serait-il Bensimon - 18 magasins et 550 revendeurs en France et dans le monde proposant des vêtements, des objets de décoration et des parfums - sans sa légendaire tennis? Mystère. En tout cas, c'est avec elle que tout a commencé; c'est elle, surtout, qui a incarné le coup de génie d'un pied-noir né à Oran, en Algérie, au début des années 1950 et qui aurait pu continuer longtemps à assurer le petit business de papa, roi des surplus au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne).

Quelques exemples de Bensimon. Prix: environ 24euros la paire de chaussure
En ce temps-là, le père et ses deux fils, Yves et Serge, achètent ici et là tout ce qui plaît aux jeunes de l'époque: blousons d'aviateur à doublure orange, redingotes à épaulettes, parkas vert kaki, vestes de combat américaines... Les Bensimon connaissent tous les uniformes de toutes les armées de la terre et tombent un beau jour sur un énorme stock de chaussons de gymnastique blancs, une affaire si alléchante qu'ils raflent tout d'emblée. Se posant, ensuite, la seule question qui vaille: que faire de toutes ces chaussures? Les transformer, pourquoi pas? Après tout, n'ont-ils pas déjà commencé à détourner les vêtements de leur usage militaire, à ajouter une broderie ici, un logo là, à ajuster des pinces sur une saharienne pour la féminiser, bref, à customiser, comme on dirait aujourd'hui?

Serge Bensimon
La décision de teindre les 100 000 tennis est vite prise. Et se révèle un prodigieux succès. Les drôles de ballerines à lacets prennent des couleurs «pepsy», elles osent le jaune citron, le vert pomme, le fuchsia, le rouge vif. On se les arrache comme des petits pains. Drôles, pas chères, elles accompagnent la minijupe, la longue robe gitane, le pattes d'eph', le caleçon... Elles suivent les saisons, changeant de couleur, de matière, inspirant Jean Paul Gaultier, Michel Klein, Isabel Marant, Marcel Marongiu, Chanel... Dans le showroom sous verrière de la rue Bichat, à quelques pas du canal Saint-Martin, où est installé le siège de la maison, elles occupent toute une table. En dentelle, façon écossaise, à nœuds, à pois... elles seront les best-sellers de l'été 2007. Alentour, les portants croulent sous les jupes, les pantalons, les robes, les vestes, les chemisiers que les fidèles porteront au printemps. Coupes sobres, tons sourds, allure décontractée... Depuis l'origine, le style est le même: du simple, du basique, reconnaissable entre tous.
Cela fait belle lurette que les armées n'alimentent plus les collections - les modèles sont aujourd'hui créés par une équipe d'une dizaine de personnes - mais Serge Bensimon avoue avoir beaucoup appris dans l'univers des surplus. «Notamment qu'un pantalon militaire porté par une femme élégante peut être superbe. Chacun l'endosse en fonction de sa personnalité et le fait sien», affirme-t-il.
En 1986, la première boutique Autour du monde voit le jour, dans une rue des Francs-Bourgeois encore crasseuse - comprenez pas encore réhabilitée - loin du temple du shopping dominical qu'elle est devenue. A l'intérieur, quelques best of qui défieront les modes: les jodhpurs, le chino (pantalon de l'armée française), le polo à trois boutons inspiré du tee-shirt tunisien, l'imperméable de forme militaire, le carré de soie, la besace en canevas... En près de trente ans, les matières ont évolué, les couleurs ont changé, mais ces intemporels demeurent.
C'est pour aller plus avant, presque vers un état d'esprit, que Serge Bensimon se lance ensuite dans la déco, imaginant un univers où évolueraient harmonieusement ceux qui portent ses vêtements. L'aventure Home autour du monde (une boutique à Paris et deux en Belgique) démarre au début des années 1990 et connaît elle aussi ses best-sellers: tables et chaises des communautés amish en bois brut, paniers tressés, bibliothèques en aluminium, poufs en feutre de laine, bougies parfumées, house cases - ces boîtes de rangement en Nylon de toutes les tailles et de toutes les couleurs...

La boutique Autour du monde, avec les intemporelsde la marque: jodhpurs, polos, sacs et besaces...
L'atmosphère qui s'en dégage? «Je voudrais que ce soit le mélange, avance Serge Bensimon. Je n'ai pas envie d'un style lisse, uniforme, à la Ralph Lauren. J'aime mixer les genres, les pays, les inspirations.» Voilà pourquoi, chez Home autour du monde, un délicat service à thé Marie-Antoinette cohabite cette saison avec des vases argentés en forme de jerrican et la réédition d'une chaise tripode signée Mathieu Matégot (1954).
Forcément, après les vêtements et la décoration, Serge Bensimon a lancé ses parfums, Cologne 1993 et Cologne 2005, sortis l'an dernier. Le premier jus, conçu à son intention il y a une quinzaine d'années par Pierre Bourdon, est né de l'envie d'avoir une odeur pour lui tout seul; le second, une eau d'agrumes aux accents de miel, a été imaginé par Rami Mekdachi.
Comme toujours avec Bensimon, ces créations ont vu le jour grâce à une rencontre, une complicité. Cet homme fonctionne au coup de cœur, aux sentiments. Le CD qu'il commercialisera bientôt dans ses magasins? T'es belle! de Padam, le groupe du frère de Rami Mekdachi, que Serge Bensimon est allé applaudir au New Morning. Gageons aussi que, comme beaucoup de patrons, celui-ci aime s'entourer d'artistes. Féru d'art contemporain, ce quinquagénaire court les musées et n'aime rien tant qu'accompagner son ami l'artiste espagnol Jaume Plensa à ses vernissages.
D'ailleurs, la grande affaire de Serge Bensimon, pour l'heure, c'est l'exposition qui devrait se tenir à Paris durant le second semestre 2007 sur... Bensimon. Les tractations sont en cours: on aimerait le musée Galliera, les Arts décoratifs... Des photos ont été commandées, des vidéos réalisées sur le lien qui se noue entre cette marque et ses fidèles. Un projet qui lui tient fort à cœur. Sans doute une manière de consécration....











Commentaires
1. Le jeudi 10 avril 2008 à 18:16, par ClAIRE
2. Le dimanche 13 avril 2008 à 20:42, par Val97
3. Le samedi 26 avril 2008 à 20:28, par Chanel94
4. Le mercredi 14 mai 2008 à 23:11, par Laure
5. Le samedi 31 mai 2008 à 14:01, par Armel
6. Le mardi 3 juin 2008 à 21:50, par stikmou
7. Le mardi 10 juin 2008 à 18:14, par Anaïs =)
8. Le mercredi 11 juin 2008 à 15:32, par SdC
9. Le vendredi 13 juin 2008 à 17:54, par Arno
10. Le jeudi 3 juillet 2008 à 14:47, par fi 51
11. Le vendredi 4 juillet 2008 à 11:11, par SdC
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13. Le mercredi 27 août 2008 à 13:37, par Charline =D
14. Le jeudi 9 avril 2009 à 19:33, par poutou63
15. Le jeudi 9 avril 2009 à 19:34, par bananasmik
16. Le mercredi 6 mai 2009 à 18:53, par Mel
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21. Le mardi 28 décembre 2010 à 16:56, par mathilde
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